Le monde étrange d'Aloys Alzheimer
J'ai rencontré un homme d'une soixantaine d'années, venu faire de petits travaux à la maison. Je l'invite à prendre un café. Je vois son regard étonné quand il s'assied près de la table où est disposé tout ce qu'il faut pour le petit déjeuner, et surtout quand je déplace un verre "Il n'est pas à la bonne place". Je lui explique alors que JM est atteint par la maladie d'Alzheimer, et que je prépare la table la veille au soir afin que, si JM se lève avant moi, il puisse prendre son petit déjeuner. Sa réaction m'a touchée.
"Mon grand-père avait cette maladie, mais on ne le savait pas. On n'avait jamais entendu ce nom "Alzheimer". On a compris bien plus tard, et bien après sa mort. Alors, on s'y est tous mis, moi, ma sœur, ma mère et même ma grand-mère. On l'a bousculé, on l'a eng**lé, on lui disait de se reprendre... Et lui s'énervait, il criait "Je sais pas, je comprends rien..". Parfois, il nous regardait avec un regard vide, complètement vide. Je crois qu'on l'a rendu malheureux, très malheureux. Mais on ne savait pas, vraiment on ne savait pas."
Cela m'a ramenée quelques années en arrière, quand moi aussi je ne savais pas. Quand je pensais "Il se f**t de moi, il le fait exprès !". La différence, c'est que moi je connaissais le mot "Alzheimer", sans trop savoir ce qu'il recouvrait, mais je le connaissais. J'ai parlé à JM de ce qui ressemblait à des pertes de mémoire. Il a accepté que je l'accompagne chez le médecin, et la machine s'est mise en route.
Adapter mon comportement. Etre attentive aux siens. Admettre certains raisonnements qui me paraissent surprenants. Veiller à sa sécurité. Abandonner certaines habitudes un peu inutiles et perturbantes. Prendre en charge tout ce qu'il ne peut plus assumer. L'accompagner dans certains renoncements.
Il n'y a toujours pas de traitement, mais au moins je sais comment ne pas rendre la vie plus difficile qu'elle n'est.
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