Le monde étrange d'Aloys Alzheimer
Je suis consciente d'avoir une grande chance. JM n'est pas coléreux, il n'est pas vindicatif, il n'est pas violent. Par rapport à certains récits que j'entends ou que je lis, c'est vraiment une grande chance.
Mais la colère n'est jamais très loin. Elle se cache, ne s'exprime pas, comme un ruisseau souterrain. Et parfois, il suffit de peu pour qu'elle explose.
JM a fait griller du pain dans le grille-pain. Comme souvent, il râle : "C'est pas assez grillé !". Alors, il remet le pain dans le grille-pain, pour exactement la même durée. Le résultat est toujours le même : une partie du pain est brûlée. Ensuite, il va vers l'évier, sort un couteau et râcle les parties brûlées.
Trop tard ! Ma dernière phrase était de trop... JM se met à crier très fort.
Je réussis à sauver le pain. JM est parti dans le salon. Je le retrouve dans son fauteuil, en larmes. Je tente de le calmer, de lui dire que tout cela n'est pas grave. Puis, je vais chercher le pain et je le pose sur la table. Il se lève, va chercher la confiture, et prend sa collation.
Cette colère n'est pas dirigée contre moi. Elle est dirigée contre lui, contre ses propres échecs.
Et les quelques fois où elle explose, c'est parce que j'ai dit une phrase de trop. Je ne culpabilise pas, enfin pas trop... Mes mots sont souvent anodins, parfois le ton peut l'agresser.
Apprendre à respirer, à rester calme. Ne pas m'attacher à des détails. Passer derrière lui, ranger, nettoyer, sans rien dire. Eviter tout ce qui le renvoie à un échec, valoriser les réussites...
La route est longue...
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